L'histoire de Fontaine-Lès-Luxeuil

L'origine du village :

image 1 saint colomban

Saint Colomban et le monastère de Fontaine-Lès-Luxeuil :

Colomban, moine irlandais, né en 540 environ, est venu en france pour répandre la parole du Christ et ainsi évangéliser la région, mais aussi d’autres pays d’Europe (des fondations monastiques en France , en Suisse et en Italie).

Après avoir fondé Annegray puis Luxeuil, il fonda un troisième monastère : Fontaine vers 595. Les terres lui sont données par Gondran, roi de Bourgogne.

Le site est très proche de Luxeuil. L’endroit est désert. Il correspond à ce que recherche Colomban: l’abondance des sources, une rivière: la Rôge et beaucoup de bonnes terres. Les premiers travaux des moines ont été le défrichement et la déboisement. Fontaine est devenu le grenier de la communauté des moines de la région.

Colomban place le monastère sous la protection de Saint Pancras, qui en devient le Saint Patron. Il porte un grand intérêt à cet endroit qu’il a appelé Fontana.

Sépultures Gallo-romaines

Situé entre la ville thermale de LUXEUIL et l’antique camp romain de SAINT LOUP, FONTAINE ne pouvait se trouver que sur la voie romaine qui reliait MANDEURE à CORRE.

Ce qui est certain, c’est qu’il existe à FONTAINE de nombreux vestiges romains. Au sud de notre commune une ancienne voie romaine qui se dirigeait du nord-est au sud-ouest. On l’appelait autrefois le « chemin des romains » qui conduisait justement à MANDEURE. La tradition des anciens rapportait qu’elle passait le long de la maison appelée « la Vieille Cure». C’est-à-dire l’emplacement de l’actuelle rue du Vay.

De là, elle se dirigeait vers le nord dont on peut suivre encore la trace dans les champs dits au « CHAUCHEUX » d’où elle gagnait le bois du « GRIFFONEY ». Elle quittait notre territoire par le champ « FRAS » Sa continuation à travers la forêt se dessine encore un peu par endroit grâce à une sorte de couloir où la végétation est moins fournie.

Des sépultures gallo-romaines ont été découvertes à FONTAINE. Les « Antiquités Brixiennes » en ont conservé les dessins.

Deux fragments de tombeaux ont été découverts dans les jardins de l’ancien prieuré. Brisé au sommet, le premier représente un personnage drapé d’un ample vêtement et qui tient une coupe dans la main droite, une bourse dans l’autre. Le second fragment est la partie supérieure d’un monument sur lequel on été sculptées les têtes de trois personnages : un homme, une femme et un enfant, sans doute de la même famille.

L’étude de ces fragments autorise à déduire que notre région a été probablement habitée avant la venue de Colomban. Puis la forêt sans doute a repris sa densité, recouvrant ces pierres mutilées après destruction.

Abbé Jean-Baptiste NOEL-

sarcophage eglise 500x700

Epidémie de Choléra

Mille huit cent cinquante quatre (1854) devait être l’année de la grande épidémie de choléra.

Dans son journal, nul mieux que l’Abbé Mougeot, ancien étudiant en médecine, n’était placé pour nous le rapporter : le 23 juillet écrit-il, le choléra fait de grands ravages à Gray, Selles, Saulx, Confracourt et Chagey.

Les dernières nouvelles assurent que ce fléau a éclaté dans 52 communes de la Haute-Saône.

Le 06 août les craintes du choléra sont fondées ; Saint-loup vient d’être envahi, à Fontaine beaucoup de « cholérines », diarrhées accompagnées de vomissements imitant le choléra. Rien de fâcheux encore !

Le 14 août, le choléra vient nous avertir de sa présence aux Baraques Chardin… ce sont les deux époux Nurdin. Le village est dans la frayeur et les cholérines devenues plus nombreuses et plus mauvaises nous avertissent que le foyer épidémique va bientôt s’implanter parmi nous.

Le conseil municipal vient de voter les dépenses nécessaires pour une pharmacie, confiées aux soins des sœurs.

La statue de St Pancras est portée triomphalement dans tout le village le dimanche 14 août 1854. Trois nouveaux cas de choléra le 20 août dans la même famille de la Motte ; rien encore au village de sérieux.

Le 27 août a lieu la procession d’expiation ordonnée par le Cardinal Mathieu. « Je communique en ce jour à toute la paroisse d’élever sur un point du territoire une chapelle à St Pancras dont la statue vient d’être portée à nouveau ».

Encore un cas de choléra le 03 septembre, 4 nouveaux cas le 10 septembre ; ces dernières victimes n’ont pas été enterrées à l’église, ni sonnées, mais on a fait l’office après l’inhumation.

Encore de nouveaux cas de dysenterie très graves, 15 décès au 17 septembre. Toujours de nouveaux cas le 03 octobre. La dysenterie continue ses ravages mais le 23 octobre nous touchons à la fin de l’épidémie, huit jours plus tard, tout sera fini.

Cette peste a duré plus de 3 mois. Elle a enlevé 68 personnes. En 2 jours, il y eut 6 ou 7 décès ; les dépenses faites par la commune s’élèvent à la somme de 1 280 F.

L’idée de la chapelle St Pancras sourit à tout le monde.

Mr Collas, architecte à Lure, donne le plan de la petite chapelle St Pancras, les souscriptions sont recueillies ; près de 500 F et la conduite des matériaux commence. Par privilège, on donne la voiture de moellons à 0.20 centimes et la pierre de taille à 5 F le m3.

Le terrain sur lequel sera bâtie la petite chapelle sera donné par les époux Cuny de Francalmont dont la femme est originaire de Fontaine.

Abbé Jean-Baptiste NOEL

La Guerre de 1914 - 1918

guerre 14 18

Privilégiée sur tant d’autres notre commune n’eut pas à souffrir des dévastations de la guerre ni de l’occupation. Malgré l’absence de T.S.F et de télévision, les nouvelles parvenaient au pays où l’on pensait aux nombreux absents, joie des victoires, tristesse des défaites et des deuils.

En 1915, ce fut la stabilisation du front. L’impatience était grande. Dans son sermon du 1er juillet, l’Abbé Jules Gaulme s’adressait ainsi aux fidèles de Fontaine : « la guerre est trop longue, c’est long pour nos chefs militaires, c’est long pour nos soldats !….. C’est long pour ceux qui entendent passer sur leurs têtes avec des mugissements sinistres, des milliers d’obus !….. c’est long pour ceux qui peuvent être frappés, à chaque instant par une balle meurtrière. » Fontaine sut que Verdun résistait, on percevait en effet selon le vent, les tirs de canon des forts ; ceux- ci se turent progressivement. Une partie des bâtiments de l’ancienne tuilerie Renauld-Hacquard et les terrains avoisinants furent transformés en camp de prisonniers Allemands. Le linteau de la poste de l’un d’entre eux porte encore l’inscription : « Poste de Police ». Enfin ce furent l’offensive de Champagne au printemps 1918, la progression Française dans l’Aisne en septembre, la pénétration des alliés en Belgique en octobre, la capitulation de l’Autriche, la défaite de l’Allemagne.

Le 11 novembre, vers 11 heures, les cloches de l’armistice pouvaient sonner à toute volée : « la journée était ensoleillée » disaient les anciens qui vécurent ces instants. Dès le son des cloches, Monsieur Gunther renvoya ses ouvriers de la papèterie en leur disant que la journée serait payée. Certains les entendirent chez eux, d’autres dans les champs. C’était fini, mais il ne fallait pas trop se réjouir. On attendait les prochaines lettres, car il pouvait encore y avoir des victimes. D’autres mourraient sans doute, des suites de la guerre.

Douloureux tributs pour les veuves, les orphelins, des parents ou des amis ; soixante dix neuf (79) noms et disparus figurent sur le monument aux morts qui a remplacé l’ancienne fontaine de la place principale.

Érigé par les soins du maire Monsieur Collot, ce monument porte à la base un soldat mourant contemplant, sur une colonne la France figurée par une femme qui tient dans sa main gauche, le génie de la victoire. Année par année, les noms des morts sont gravés sur les quatre faces de cette colonne.

Notre village avait donc payé chèrement la victoire de la France.

-Abbé Jean-Baptiste Noël-

La vieille cure

Au carrefour de la rue Saint Martin et de la rue du Vay, notre attention peut être attirée par un beau bâtiment de forme quadrangulaire, coiffé d’une toiture pyramidale et dont le vestibule d’entrée est encore surmonté d’une petite croix de pierre.

C’est « la vieille cure ». Sur le linteau de la porte, une date est gravée 1690 !

Ce beau bâtiment est un dernier témoignage car il est situé à l’emplacement exact de la petite bourgade de Fontaine groupée autour d’un oratoire dédié à Saint Martin, sans doute après la fondation du monastère. Elle fut le centre de la Paroisse ancienne qui ne se transportera sur le site actuel qu’en 1779.

La preuve de cette ancienneté en est donnée le 24 juillet 1853, date à laquelle l’Abbé Claude-François MOUGEOT, alors curé de Fontaine, fit ouvrir plusieurs tombeaux de pierre près de «la vieille cure », à proximité des vestiges de la primitive église, bien petite en vérité. Cette exhumation est faite en présence de l’Abbé DEVOILLE et du docteur DEFERRIERE de St Loup.

Datant du haut Moyen-âge, reconnurent-ils, ces tombeaux chrétiens bien conservés ne livrèrent cependant rien pour les précisions de l’histoire. Ils les firent refermer et se bornèrent à cela. Ces tombeaux exhumés près de la vieille cure pourraient bien avoir appartenu aux habitants de Fontaine, groupés autour de cette primitive église.

Etant données leur position à la surface du sol, leur orientation face au soleil levant et à leur forme un peu grossière, ils estimèrent qu’ils pourraient remonter à l’ère carolingienne voire mérovingienne. Ce que n’ont pas démenti les archéologues alors consultés.

Il y a quelques années, le 21 janvier 1999, l’un de ces cercueils fut exhumé près de la vieille cure. Grâce à l’amabilité de la famille Leclerc, il a été déposé à l’église paroissiale où l’on peut l’observer. Ses proportions sont assez surprenantes :

– Hauteur avec couvercle bombé à la tête 70 centimètres,
– Hauteur au pied : 50 centimètres,
– Longueur : 190 centimètres,
– Largeur à la tête : 60 centimètres,
– Largeur au pied : 40 centimètres,
– Epaisseur des parois : 10 à 12 centimètres.

Ce beau cercueil de pierre renferme encore les ossements assez bien conservés d’une jeune fille âgée d’environ 18 ans.

Le dernier prêtre résident à « vieille cure » fut certainement l’Abbé Pierre-Gilles-Joseph DORIN, Curé de Fontaine de 1756 à 1785. Il fut Doyen rural du Décanat de Faverney et fut nommé Commissaire par Monseigneur FRANCHET DE RANS, le 08 février 1773, Prieur Commendataire et Seigneur de Fontaine afin de trouver un emplacement convenable pour établir une chapelle dans les bâtiments des bains de Luxeuil.

Il légua par testament 300 livres pour l’église de Fontaine (la précédente de celle-ci) et 1500 livres à la Paroisse afin de fonder un « gage » de 75 livres pour une « maîtresse d’école ».

Abbé Jean-Baptiste NOEL

L'ancien Monastère

C’est assez difficile de savoir avec certitude en quelle année s’est effectué l’établissement de FONTAINE St Pancrace. Nous savons qu’il fut fondé peu après celui de Luxeuil, ce qui permet d’en déduire que la date de 595 semble la plus probable, mais pas plus tard.

Un promontoire assez large entouré d’une boucle de la Roge était un emplacement idéal. Cette petite rivière devait, pour la suite, jouer un rôle important à la fois pour notre village mais aussi pour toute la région devenue terre de surséance.

Une importante équipe de moines dut venir de Luxeuil pour se mettre aussitôt au travail. Les arbres furent abattus au milieu de la forêt qui, à cette époque, devait être continue des bois du Beuchot à ceux de Fougerolles et du Banney, une vaste clairière fut ouverte.

Au début, l’aspect devait être semblable en bien des points à celui des monastères irlandais, pays natal de St Colomban : cabanes de bois ou de pierres sèches disséminées autour d’un oratoire de bois, le tout entouré d’une haie vive, d’un profond fossé ou d’une partie de la rivière.

Avec le temps, la pierre étant abondante à Fontaine, on rectifia, on ajouta, on perfectionna. Il y eut donc, par la suite, une église avec des bâtiments alentour abritant une cuisine, un réfectoire, un dortoir, une infirmerie, une bibliothèque, un cellier, un grenier, une hôtellerie….Le moulin, la tuilerie, les écuries, le pigeonnier vinrent successivement.

L’emplacement de notre monastère actuel est certainement le même que celui qui avait été choisi par Saint Colomban, celui sur lequel subsistent encore les derniers bâtiments de notre monastère. Rarement, en effet, un monastère change de place. Détruit, il se relève assez rapidement au même endroit, ruines qui ne sont pas toujours inutilisables.

C’est Saint Colomban lui-même qui plaça notre monastère sous le patronage et la protection de Saint Pancrace, adolescent de 14 ans qui fut martyrisé par décapitation à Rome sur la voie Aurélienne, le 12 mai 304, sous le règne de l’empereur Dioclétien et dont le culte était très prospère à l’époque.

Notre monastère, repris par les Bénédictins, devait subsister jusqu’à la révolution qui vit son anéantissement. Soit près de 1 200 ans. Malgré les invasions, les guerres et les destructions, il s’était toujours relevé.

L’église très ancienne bâtie dans l’enceinte fut totalement rasée ainsi que l’aile gauche des bâtiments.

Seuls subsistent de nos jours, l’aile droite, la maison du Prieur commendataire, un très beau pigeonnier et quelques vestiges.

Si un voyageur épris des choses du passé arrête son regard sur ces derniers souvenirs, un beau portail du XVIIIème siècle pourtant mutilé attirera de suite son attention. S’il s’en approche, il pourra lire encore dans un médaillon à gauche que l’on peut toujours déchiffrer : Monasterii Sancti Pancratii 17 Porta 63 Porte du Monastère Saint Pancrace 1763.

Abbé Jean-Baptiste NOEL

Le monastère de Fontaine : nouvelles découvertes.

Maxime Bolard, étudiant en master à l’université de Bourgogne Franche-Comté de Besançon, membre du projet collectif de recherche « Monastères en Europe occidentale (Vème-Xème siecle).Topographie et structures des premiers établissements en Franche Comté et en Bourgogne » dirigé par Sébastien Bully et Christian Sapin (CNRS).

Les secrets du monastère de Colomban
Les archéologues ont mis au jour une église mérovingienne à Fontaine-lès-Luxeuil, sur le site dit de la Vieille cure. À 600 mètres du troisième monastère fondé par saint Colomban.

Le Prieuré de Fontaine-Lès-Luxeuil et les Seigneurs de Saint Loup Sur Semouse

Au début du XIVème siècle, les Sires de FAUCOGNEY issus de la branche cadette devinrent Seigneurs et Possesseurs de la Terre de Saint-Loup.

Aussitôt, OTHENIN de Saint-Loup, fils de Jean de FAUCOGNEY et d’Helvis de JOINVILLE, prétendit alors avoir la gardienneté du Prieuré de FONTAINE.

Les religieux Bénédictins repoussèrent fermement ses prétentions. Dans sa colère, aidé de son frère Hugues OTHENIN s’empara de leurs métairies et des « châteaux » dépendants de FONTAINE. Il pilla leurs maisons et pourchassa les habitants.

Une longue bande de parchemin assez difficile à déchiffrer énumère tous les griefs accumulés entre eux de 1302 à 1316. Il faut les mentionner dans leur totalité car ils nous dépeignent parfaitement ce que pouvaient être les guérillas de l’époque et l’insécurité de ce temps mouvementé.

La nuit de la Saint Martin d’hiver de l’An 1302, les gens d’Hugues de SAINT-LOUP vinrent en nombre à FONTAINE. Ils y prirent dix bœufs, quatre vaches, une jument et six porcs.

Une semaine plus tard, ils se saisirent à ANJEUX de Thierry de BOULIGNEY, homme du Roi et du Prieur, de sa mère et de son frère pour les enfermer dans la prison du Château de SAINT-LOUP. Malgré de nombreuses interventions, ils ne les relâchèrent qu’après de nouvelles démarches à BOULIGNEY.

Ils s’attaquèrent ensuite au Sergent du Roi et du Prieur FLEUREY, forgeron à CORBENAY et le malmenèrent si vilainement par l’épée que onze semaines après les plaies qui lui furent faites, il en demeurait tout affolé.

Le mardi précédent la fête de la Pentecôte de l’année 1303, Hugues de SAINT-LOUP revint à grand renfort de gens armés à cheval et à pied pour attaquer le Prieuré de FONTAINE. Ils en brisèrent la forteresse, les palissades et la porte d’entrée. Ils firent semblant de pénétrer dans le cloître, mais ne le purent pas car l’issue était barrée. Ils capturèrent cette fois une femme seulement et emmenèrent un homme du village prisonnier.

Le mercredi suivant les Seigneurs de SAINT-LOUP « mandèrent » (convoquèrent par messagers) les hommes de FONTAINE, MAILLERONCOURT et BETONCOURT. Ils devaient être emprisonnés. A la fin de la semaine, ils firent enlever les troupeaux dans ces deux derniers villages. Et ceux de CORBENAY subirent le même sort le mercredi de la Pentecôte.

Le jour de l’An 1304, OTHENIN et HUGUES de SAINT-LOUP accoururent de nouveau devant le cloître de FONTAINE ainsi que le Prévôt MATHIEU, pour insulter le Prieur Pierre DE LORIANS et le menacer avec violence.

Le vendredi de Pâques, ils lui prirent trente bœufs et vaches, tant à FONTAINE qu’à MAILLERONCOURT.
Le mardi avant la Saint Luc (18 octobre) ils y revinrent, volèrent la charrue du Prieur, blessèrent ses hommes d’épées et de dards et ils emmenèrent tous ses porcs.

En 1304, ce furent les blés et les rentes du Prieur (qui étaient saisis à HURECOURT. Frère ETIENNE, moine convers à FONTAINE était cruellement battu…. »

A défaut d’incursions armées et de vols, les Seigneurs de Saint-Loup employèrent d’autres moyens pour se retourner contre le Prieur. Ainsi levèrent-ils les tailles (impôts prélevés sur les roturiers, parce qu’ils ne pratiquaient par le métier des armes) à Fontaine, Mailleroncourt et Betoncourt où seul le Roi et le Prieur avaient le droit de le faire. Ils agissent de même pour les amendes et les dimes appelées « tierces » en charme de Corbenay. Les gens de Saint-Loup vinrent y labourer sans permission et sans verser de rente au Prieur.

Ils coupèrent aussi du bois, firent paître et cueillir des glands dans les forêts du Prieur. Ils osèrent encore pécher en amont de la rivière d’Augronne qui était bien du Prieur.

Les mêmes désordres devaient se produire une quinzaine d’années car Jean de Saint-Loup, fils d’Othenin devait s’adjoindre à ses devanciers avec autant d’ardeur, sinon plus.

En 1308, le Prieuré de Fontaine constituait une seigneurie assez considérable et, comme il fallait s’y attendre, ses propriétaires attiraient les convoitises.

Que firent alors les moines de Fontaine pour se défendre contre toutes les incursions et toutes ces rapines ?

Une lettre datée du 27 septembre 1307 nous apprend que sur leurs plaintes, le Roi de France, Philippe le Bel, après avoir envoyé Guillaume de Noharet, un légiste à son service, contre Hugues , fit comparaître Othenin de Saint-Loup à Coiffy-le-haut en présence de Thiébaud de Faucogney, abbé de Luxeuil, du frère Etienne, (sans doute la victime) et du Prieur de Fontaine Pierre De Larians qui sera excommunié en mars 1313 sans que nous en sachions la raison.

Othenin et Hugues furent condamnés à rendre tout ce qu’ils avaient pris depuis 1300 et à verser aux sujets lésés de l’abbaye de Luxeuil une somme de 700 livres. Au cas où ils ne se soumettraient pas à ce verdict, ils seraient tenus à une amende de 1000 pièces d’argent à répartir par moitié au Roi et moitié à Luxeuil.

Pour s’arranger enfin, un accord fut conclu en 1313 entre l’abbé de Luxeuil, le Prieur de Fontaine et les Seigneurs de Saint-Loup, Othevin et Jean.

Les archives de la Haute-Saône en conservent une copie. Il sera intéressant d’y jeter un coup d’œil et de voir ce qui avait été décidé entre eux…

Après l’exposé des revendications de chaque partie, en présence d’ANCEL DE JOINVILLE, Sire de RIGNEL, de Jean de FAUCOGNEY et AYME, Sire de Ray, du Seigneur de BAUFREMONT, grand doyen de Besançon et du clerc eu roi de NAVARRE, Maître Simon AUBERT, le Bailli de CHAUMONT, Pierre de TIERCELIN tira les conclusions suivantes que tous s’engagèrent à respecter, hélas pour peu de temps, toute la partie des finages de FONTAINE, MAILLERONCOURT, BETONCOURT, demeurait au Prieur et à ses successeurs qui pourrait y lever des amendes ou les acquitter selon l’usage de BOURGOGNE.

Le Prieur, en plus, pouvait lever la taille dite « commuable » sur les habitants de FONTAINE, comme à l’accoutumée, mais celle-ci serait de trois à quatre deniers.

Le Prieur gardait également totale seigneurie sur ces villages pour en tirer profits et émoluments ainsi que des bois et rivières, toutes les épaves lui reviendraient après le départ des propriétaires.

Le Prieur était tenu de placer dans les bois des portiers (gardes forestiers) pour trois années consécutives mais ne devait en aucune façon opérer des ventes nuisibles aux habitants.

Chaque fois qu’il leur plairait, le Prieur et ses religieux pouvaient exiger des habitants de ces finages le service d’ost (militaire) et de la chevalerie pour défendre les droits de leur église prieurale sauf contre les Seigneurs de SAINT- LOUP. En cas de nécessité, le Prieur pouvait obtenir des mêmes habitants les corvées de faux, faucilles, fourches et râteaux, ainsi que toutes celles de bras, charrues, bêtes et charrois…. mais il ne toucherait seulement que la moitié des amendes établies aux plaids généraux à MAILLERONCOURT.

Enfin, les gens de Saint-Loup pouvaient cultiver dans le finage de FONTAINE moyennant le paiement de la tierce et de la moitié de la dîme. Ils pouvaient aussi, mais avec la permission du Prieur, essarter (débroussailler) dans ses forêts et y conduire leurs bêtes pour la vaine pâture. Mais les habitants de Fontaine étaient tenus de verser aux Seigneurs de SAINT-LOUP les « gestes » (taxes à la portée) de leurs chiens, comme cela se fera encore en 1385.

De son côté, le Duc de Bourgogne, OHTON IV s’efforça également, la même année d’établir l’appointement du Prieur et de la Seigneurie de SAINT LOUP au sujet de la partie de FONTAINE.

Cependant, quelques mois après, en 1314, à la mort de l’Abbé de LUXEUIL, Etienne II, successeur de THIEBAUD après une vacance de cinq ans, celle du Pape Clément V et du Roi PHILIPPE LE BEL, les ennemis de l’abbaye redressèrent la tête. A nouveau, ils s’acharnèrent contre elle et le Prieuré de FONTAINE, notamment Jean de SAINT LOUP.

Il entra violemment dans notre monastère, le pilla et amena nombre d’habitants du village en captivité sous prétexte que LUXEUIL ne lui payait pas ce qui lui était dû !

Il fit, en outre, capturer BENOIT de CORBENAY, pêcheur du Prieur en la rivière du dit lieu et le maintient vingt jours en prison au fond de sa tour de Saint-Loup.

Puis les gens de Saint-Loup en armes vinrent à nouveau au Finage de Fontaine, dans les près du prieuré, la semaine avant la fête de Sainte Madeleine (22 juillet), ils prirent et menèrent de force à Saint-Loup ses chars tous chargés de foin avec leurs bœufs qu’ils ne rendirent jamais, blessèrent grièvement les bouviers, les faneuses, et les battirent si fort qu’ils brisèrent l’une d’entre elles.

Ils se saisirent aussi de PRENEL, sergent du Roi et du Prieur de Fontaine et le conduisirent à Saint- Loup après l’avoir molesté. Ils volèrent également douze coutres de charrue.

Enfin, malgré l’accord de 1313, JEAN DE SAINT-LOUP, permit à ses gens sans autorisation du Prieur, de couper du bois dans les forêts de Fontaine et de labourer dans les terres de finage. Il s’empara aussi des tierces et des dîmes auxquelles il n’avait pas droit.

Le 15 août 1314, le bailli de CHAUMONT, Pierre de TIERCELIN, chevalier, fut saisi des griefs qui existaient à nouveau entre OTHENIN, les Seigneurs de SAINT-LOUP et JEAN HUGUES (peut-être décédé, ne paraissant plus dans les actes) et le prieuré de Fontaine.

Le 12 décembre 1314, LOUIS X le HUTIN, fils de PHILIPPE LE BEL, à qui ces griefs étaient parvenus demanda au bailli de CHAUMONT de les punir vertement et de les obliger à restituer à l’Abbaye de Luxeuil tout ce qu’ils avaient pris.

On constate à travers tous ces actes, comme tous ceux qui suivront, combien Fontaine dépendait encore étroitement de l’Abbaye de Luxeuil.

En 1316, OTHENIN, s’efforça de reprendre, malgré tout la garde du Prieuré de Fontaine. Quant à son fils JEAN nous le verrons plaider en 1319 contre les hommes d’HAUTEVELLE, parce qu’ils empêchaient les gens de paître leurs bêtes dans certains pâturages de Saint-Loup et de Fontaine. Pour en finir, car ces troubles demeuraient latents, l’Abbé EUDES de CHERENTON, successeur d’ETIENNE II porta plainte une nouvelle fois auprès du roi PHILIPPE V LE LONG qui avait succédé à son frère PHILIPPE LE HUTIN ainsi qu’auprès du pape JEAN XXII en résidence à Avignon.

Le roi était bien disposé envers le Bourguignon car il avait épousé JEANNE fille D’OTHON de BOURGOGNE, l’ordonnance de restitution est daté de Joinville le 08 novembre 1319.

Abbé Jean-Baptiste NOEL